29
août
08

Soirée tragicomique

Comme dans tout établissement touristico-beauf qui se respecte, je n’ai pas réussi à échapper à la sempiternelle soirée du : “on s’habille comme les Egyptiens”

Vous savez, ces soirées “costumées” où on fait le bonheur du gérant de boutique située dans le bâteau parce qu’on n’a pas encore eu l’occasion d’acheter une djellaba pas chère ou un masque de Toutankhamon en plastique véritable.

J’avais complètement oublié que c’était ce soir là. Argh. J’adore me déguiser, le théâtre ayant fait part intégrante de ma vie pendant mes années lycées(ah, je sens la pointe de nostalgie arriver) Mais jouer au touriste en vacances… non merci. En remontant sur le bâteau, mon père a fait le forcing pour que je vienne choisir une djellaba. Même pas en rêve… Bien sûr, il était en colère.
-”T’es chiante Faustine, depuis que tu es née, t’es chiante.” (Je rappelle: tout ça parce que je ne voulais pas acheter une djellaba et donc, faire comme tout le monde)

Quelques minutes  plus tard, mon père toqua à la porte de la cabine. Dans un effort surhumain, je me suis traînée hors de mon lit pour lui ouvrir. Il me tend alors une horreur rougeâtre avec des paillettes dessus. J’ai dû faire un pas en arrière pour pouvoir “admirer” l’oeuvre. Je crois que c’était le pire vêtement que j’ai jamais vu. Un tissu couleur sang séché au soleil d’Egypte, recouvert sur le poitrail de paillettes qui forment (de loin), le visage de Nefertiti…

Devant mon air dégoûté, il reprend son engin.
-”Non, mais je suis désolée Papa, je ne peux pas porter une horreur pareille! Pour qui tu me prends?”
Le souci, c’est que cette horreur, c’est une des djellabas de la dame de compagnie de mon père. Elle a vraiment des goûts de chiottes!
Il est parti en ronchonnant et en continuant à déblatérer des sucreries sur mon dos.

L’heure fatidique du repas approche. Dans le couloir, ce n’est qu’une succession de touristes multicolores. (Sachez avant tout que les Egyptiens ont surtout des djellabas blanches voire bleu ciel et les Egyptiennes, des djellabas noires voire marrons.) Roger avait enfilé sa djellaba rose bonbon et Josiane, une djellaba deux pièces pour les danseuses du ventre, avec les sequins qui font gling-gling. Certes, les danseuses du ventre sont rarement filiformes… mais là, ça dépassait l’entendement.

Comme il fallait que je fasse quelque chose, j’ai pris ma longue étole blanche, l’ai enroulée autour de mon visage et de ma tête, de telle sorte que je me suis retrouvée voilée, comme les vraies Egyptiennes. Ma soeur m’avait prêté son sarouel noir et j’avais mis ma blouse en lin noire. J’étais plus couleur locale.

Lorsque je suis sortie de la cabine, j’avais peur de choquer les musulmans. On ne sait jamais, ils auraient pu mal le prendre. Au final, ceux que j’ai croisé ont bien rit. Ouf. Donc, je n’ai pas échappé à la soirée kitsch mais au moins, je n’ai pas grossi les traits d’un peuple égyptien qui mérite bien plus d’égards qu’une bande de beaufs endjellabés.


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